Geovision Newsletter 001 Winter 04-05 Grand Cayman : Hurricane Ivan fr | en | images Salut tout le monde, Voilà un petit feed-back de ma première semaine dont le déroulement, quelque peu imprévu, me laisse sans autre intituler: Ivan le Terrible s'en est aussi aller conquérir les Caraïbes! Oui, tout avait bien commencé. Vol traditionnel Genève-Milan-Miami-Grand Cayman. Acceuil amical par un potentiel futur boss qui me conduit après un petit tour de ville parmis les maisons colorées à grandes verandas, tour à tour garnies de lauriers ou de bougainvilliers, séparées les une des autres par quelques cocotiers, des terrasses, des bars des ports, l'image même de ce qu'on attend d'une ville des caraïbes - pour autant qu'on attende quelque chose - à mon hôtel, le Seaview Resort. Comme son nom l'indique, belle vue sur une belle mer turquoise. Au loin quelques paquebots de croisières faisant une halte diurne pour laisser leur quelque 3000 passagers vagabonder dans les rues duty free de Georgetown, à l'assaut de l'acquisition tant attendue du dernier cendrier en coquillages ou de la statue en bois d'un indigène costumé vendant des cuba libre, ceci avant de repartir pour Cozumel ou Belize City pour une halte diurne où ces même 3000 passagers ramèneront sans doute 3000 étoiles de mer ou éponges coupées ou arrachées à leur fonds, perpetuant ainsi le déclin et la desertification des fonds marins. Trève de sarcasmes, me voici donc à mon hôtel en ce mercredi 8 Sept à 3 jours de l'embarquement sur mon yacht de plongée pour une semaine d'essai en tant qu'Instructeur/guide de plongée. A peine arrivé, mon boss, m'annonce tout de suite que le départ du bateau sera sans doute retardé en raison de la probabilité que l'ouragan Ivan, qui vient de frapper la Grenade au sud de la Martinique, passe non loin des Iles Caymans. Déjà tard ce premier jour, j'en profite pour visiter le bar terrasse de l'hôtel, quasi les pieds dans l'eau. Après quelques Budweiser échangées avec les résidents et autres instructeurs de clubs voisins, un bon jet lag de 7h prend le dessus, je sombre. Jeu 9 Sept - Petit déj copieux à l américaine avec le boss dans un des bars du centre. Visite des bureaux de la compagnie - Aggressor -, e-mails surtout rapport de la situation sur Ivan, l'ouragan qui approche. Les nouvelles restent optimistes pour ce qui concerne Grand Caymans, port d'attache du yacht sur lequel j'embarque et qui doit par ailleurs déposer et reprendre quelques 15-20 passagers pour un nouveau départ de 7j. En revanche, pour Little Cayman et Cayman Brac les deux îles plus au nord, les nouvelles sont moins réjouissantes. L' oeil de l'ouragan devrait passer à quelques 70 miles au nord. J'en profite ensuite pour faire une petite journée plage et visite de GeorgeTown suivi du traditionnel apéro au Seaview Resort avec des clients qui s'avèrent être les même que le soir d'avant. Hi Sweden! s'acclame le vieux loup de mer (ou du moins celui qui s'en donne le genre). Oui, Oui, Switzerland, mais bon, pour vous c'est pareil je sais.... Sous mon pas de porte, un feuillet indique que si l'ouragan devait se diriger sur les Caymans, les résidents de l'hotel devraient se diriger vers un des deux abris du gouvernement mis en place dans des écoles locales. Au news, sur The Weather Channel, qui maintenant tourne en boucle sur chaque poste de l'ìle, Ivan s'apprête à frapper la Jamaïque. Ensuite, selon le modèle prévu par les météorologues américains qui de toute évidence affirment avec conviction, l'ouragan s'affaiblira à la traversée de l'ìle et poursuivra sa route au nord des Caymans qui subira une Tampête Tropicale, puis dévastera Cuba, s'affaiblira et frappera finalement la Floride où l'évacuation est déjà de rigueur. Ven 10 Sept - Après un bref petit déj sur le bord de mer on vient me chercher pour me conduire au Yacht qui rentre un jour plus tôt. Après quelques km, nous traversons des forêts de palétuviers pour arriver vers des canaux artificiels loin dans les terres faisant office de port de plaisance. De nombreux voiliers y sont déjà ammarés à double tour. Le w-end devrait se faire à cet endroit, histoire de laisser passer cet ouragan au nord, faire le changement de passagers en toute sécurité au cas où la mer serait houleuse au port principal de la capitale. En ce qui me concerne, présentation de l'équipage composé du capitaine suédo-allemand, d'un anglais instructeur-mécano, d'un américain instructeur-vidéographe et homme à tout faire, d'un cuisiner texan occasionnelement instructeur, et d'une anglaise hotesse-instructeur qui à ce que j'ai cru comprendre faisait plutôt le ménage sur le bateau. L'après midi est consacré à sécuriser le bateau au milieu du canal de façon à avoir de la marge des deux côtés dépendant d'où le potentiel mais probable vent viendrait. Là j'ai immédiatement pû mettre en pratique mes connaissances de noeuds d'ammarage! Lacer ses chaussures, c'est pareil! Comme tout vendredi soir, la croisière se termine par l'apéro d'adieu avec les clients partants le lendemain. Soirée relax, vidéo, en ville ou sur le bateau. Je reste sur le bateau étant donné ce jet lag qui sévit encore. Sam 11 Sept - 7h Petit déj un peu tendu. Le Capitaine a été réveillé en pleine nuit par le boss de la compagnie. Ivan, l'ouragan, à l'approche du sud-ouest de la Jamaique a viré plein ouest. Il n'a donc pas traversé l'île et prend une direction Grand Cayman plein centre! S'il ne rechange pas de direction et au vu de la distance restante sur des eaux chaudes, il faudra s'attendre à quelque chose d'assez violent. 9h - Les clients quittent le bateau. Ils passeront le w-end au Hyatt en attendant leur vol prévu dimanche. Ils devaient initialement séjourner dans un autre mais ce dernier a déjà évacué. Certains des nouveaux clients déjà sur l'île doivent également changer d'hôtel étant donné que la nuit à bord ne sera pas possible avant dimanche. 11h - Les clients partis, le capitaine convoque les quelques membres d'équipage: le choix est libre: soit rester à bord avec lui qui ne quittera le navire que si sa vie est en danger soit prendre un hôtel, soit aller dans un des abri que le gouvernement mets à disposition, soit 3 écoles de constructions dites anti-ouragan, là où une grande partie de la population risque de se diriger. Mon choix est fait, pour cette nuit, je vais aller dans une de ces écoles, au moins il y aura de quoi voir du monde. Au cas où les choses tournent mal, je ne me vois pas quitter le bateau en pleine nuit à travers la Mangrove, quoique l'idée de vivre l'ouragan depuis le bateau avec le capitaine m'ait traverser l'esprit... 11h30 - John, l'anglais, me
conduit au Prospect School, une des écoles abri, sur son chemin pour l'hôtel
où il apporte quelques vivres au clients précédemment déposés. N'ayant pas prévu de lit gonflables, duvets, draps ou autre couverture comme les quelques familles déjà installées, je me pose dans la bibliothèque que j'ai repérée en faisant le tour des lieux. En effet, c'est la seule pièce pourvue d'un gros tapis. Ca fera toujours moins dur que la dalle de la cafèt. 15h - De sortie pour un peu d'air f...enfin, chaud et humide, la radio de la réception transmet le message météo suivant: "Ivan s'est développé en ouragan de force 5 et frappera Grand Cayman dans 18h". Force 5: le plus destructeur. La trajectoire prévue du centre de l'oeil: 40 miles au sud de Grand Cayman. L'oeil faisant 30 miles de diamètre, nous seront à 10 miles dans le mur. Le pire, là où les vents sont les plus violents. Il faudra s'attendre à un vent constant de 185 mph (296 km/h) et des pointes à 215 mph (344 km/h). Et voilà, qui dit Caraïbes dit soleil, mais qui dit Caraïbes en Septembre dit Ouragan et surtout qui dit Carïbes en Septembre avec Ouragan de force 5 dans la trajectoire dit : on va s'en prendre plein la gueule! Et qui dit plein la gueule, dit....ben...plein la gueule! 15h30 - ce qui devait arriver arriva, la population arrive en masse jusqu'en fin d'après midi à l'abri. les gosses sous le bras, les habits sous l'autre, locaux, touristes vidées de leur hôtel, l'aéroport ayant été pris d'assaut par les plus chanceux qui peut-être embarqueront. Touristes-résidents avec leur petit pic-nic pour la nuit confiant que leur villa condominium en béton face à la mer tiendra le coup mais préfèrent s'abriter au cas où. Les locaux biens équipés pour quelques jours plutôt pessimistes et les locaux pauvres en famille nombreuse, sachant que l'abri le sera pour longtemps et représente avant tout plus de confort que leur baraques avant l'ouragan. 21h - Le vent souffle déjà très fort.
Le premier front de nuage en spirale qui annoncent déjà la forme
circulaire du mécanisme nous est déjà passé dessus
en fin d'après midi. Les averses deviennent fréquentes et maintenant
les trombes commencent. Le niveau de base de la mer devrait monter de 3 -9 ft
(1 - 3m), par dessus rajouter les vagues qui lorsque l'oeil de l'ouragan aura
passé à l'ouest de l'île, viendront frapper plein sud la côte
où se trouve entre autre la capitale et tous les hotels côtiers les
pieds dans l'eau le long de la fameuse 7 miles beach. Hauteur des vagues attendues:
6-9 m. 24h - Le vent siffle dehors.
On entend déjà quelques objets, sans doute des arbres qui percutent
les barrières exterieur... Dim 12 Sept - 6h non ce n'est pas le chant des sirènes qui me berce au réveil, mais un coeur improvisé de femmes locales interprétant des louanges afin d' apaiser la colère du méchant Ivan qui épargnera leur enfants pour longtemps. En anglais, on reconnaîtra surtout les paroles omniprésentes: My Lord Save Us, My Lord Save Us... Un joli coeur en effet mais au réveil sortant d'un quasi comma artificiel parmi tout ce monde, donne l'impression de fin du monde. 9h - je retrouve les colombiens qui Oh! bonheur ont une cafetière, pleine en plus. je m'invite. l'envie est trop forte. par contre ils n'ont rien à manger. 11h - je sympathise avec un vieux policier qui à ce que j'ai vu, a accès au local "Food Supply". Peu après, j'avais déjà moins faim.... 12h - non, ce n'est pas un avion de chasse qui stationne au dessus de l'abri, il n'y a pas de lancement de fusée dans le coin: c'est le vent. le vent qui en ce moment atteint des pointes de plus de 300kmh, et ricoche sur l'abri. Ce sont les turbulences en fait. Un bruit sourd, continu, parsemé d' accoups plus violents les uns que les autres, des secousses faisant ttrembler toutes la structure en béton du bâtiment qui est relativement plas. 1 étage à toit presque plat. Un lambeau de cheneau frappe un des murs. Un autre accoup plus violent: surement pas une cheneau Quelques fenêtres renforcées donnent sur l'extérieur... IMPENSABLE.... les lois de la physique sont défiées!!! les gens regardent, muets, ébettés, ne sachant pas s'il faut rire, pleurer applaudir, fuir, sauter dedans ce spectacle ahurissant digne des derniers effets spéciaux 3D, de Twister, Day After combinés: nous sommes en plein dans le mur proche de l'oeil de l'ouragan, là où la force du vent est à son apogée. La pluie, ou plutôt la cascade d'eau qu'est la pluie, tombe à l'horizontale. Portée par la force du vent. C'est Niagara Falls avec une soufflerie dedans. Il fait presque nuit. 23h - La situation n'a pas changé. 11h après. L'abri est resté totalement fermé tout le dimanche. Aucun accès exterieur ne s'est fait. Les ondes radios ne passent pas. La télé non plus, les lignes à hautes tensions sans doutes toutes arrachées. Le petit monde de l'abri s'est installé. Un premier repas chaud - une boule de riz et un bout de sardine - a pu être distribué à tout le monde. Pour ceux qui avaient leur provisions, c'est passé comme accompagnement dans leur maïs et leur haricots, pour les autres comme moi, c'était mon repas. Le policier étant de service de nuit, je n'ai pas eu droit à ma ration supplémentaire de biscuits... Lun 13 Sept 4h - Le bâtiment tremble et le vent gronde plus que jamais... 8h - Le vent s'est calmé. Le responsable d'abri annonce que dès que le vent aura baissé à une vitesse acceptable l'abri sera ouvert. Il annonce également l'arrivée de 200 autres personnes vennant d'une des autres écoles-abri dont le toit s'est envolé au milieu de la nuit! 15h - Après un nouveau renforcement soudain en milieu de matinée, le vent s'est enfin calmé en début d'aprèm à un seuil tolérable pour sortir. 60 mph (~100kmh) Je sors avec le colombien sur le bord de mer proche de l'abri, voir les dégâts dans un joli quartier de résidences. Le bord de mer forcément est toujours là, mais les résidences...c'est le tas de planches parsemées de voitures de routes et d'arbres làs-bas 100m derrière la route dans la forêt. Et ce sera pareil tout le tour de l'ìle pour tout ce qui était à moins de 50m du bord de mer. Destruction totale. Couvre-Feu 18h-6h annoncé. Reception radio à nouveau possible. Nous apprenons pourquoi la violence des vents a duré si longtemps. (15h à plus de 300kmh). L'oeil de l'ouragan est donc passé juste au sud, puis une fois passé, comble de malchance pour Grand Cayman est remonté au nord, contournant l'île mais la gardant dans son mur de vents maximums. 2 for 1 en somme. Au dernières nouvelles Ivan, n'aurait pas fait de victimes. Les quelques personnnes frappant aux fenêtres de notre abri en pleine nuit auront sans doute trouvé un autre abri. Comme quoi, un abri peut en cacher un autre... Mar 14 Sept - 13h Ayant enfin pu reprendre contact avec le bateau, le boss viendra me chercher pour retourner au bateau. Celui ci est quasi intact. J'y retrouve l'équipage, qui avait finalement quitté le navire peut après moi ainsi que les anciens clients qui ont quitté le Hyatt, qui malheureusement était situé sur le front de mer et ont tous fini dans une des école-abri ainsi que les nouveaux clients - ils se sont d'ailleurs rencontrés dans l'abri - prêts pour leur dive safari mais qui resteront à quai, la croisière étant annulée. Mer 15 Sept Remise en état du bateau, et gueuleton préparé par notre texan. En effet tout le monde a été nourri à la même sauce durant ces 4jours: biscuits et boites de sardines. ....à suivre Sven |